Comment reconnaître une arnaque IA quand le site, les avis clients, les labels et même l’étude scientifique ont l’air parfaitement vrais ? Pour le savoir, j’ai fait quelque chose d’un peu fou : j’ai créé ma propre arnaque de A à Z avec ChatGPT, Claude et Gemini. Voici ce que cette expérience m’a appris, les 7 mécanismes qui nous font tomber dans le panneau et les vérifications à faire avant de sortir votre carte bancaire.
Dans ce guide, nous allons donc voir :
→ Pourquoi l’arnaque IA change complètement la donne
→ Mon expérience : créer une arnaque IA de A à Z
→ Les 7 mécanismes qui vous font baisser la garde
→ Les indices qui trahissent une arnaque IA
→ Comment vérifier un vendeur en 5 minutes
→ 3 idées reçues à oublier sur les arnaques en ligne
→ Que faire si vous avez été victime d’une arnaque
Pourquoi l’arnaque IA change complètement la donne
On connaît tous quelqu’un qui s’est déjà fait arnaquer sur Internet. Et les chiffres ne vont pas dans le bon sens.
Dans son rapport d’activité publié le 26 mars 2026, Cybermalveillance.gouv.fr indique avoir assisté plus de 500 000 victimes en 2025, soit 20 % de plus qu’en 2024. Les escroqueries commerciales, elles, ont progressé de 170 %, « notamment au travers de sites frauduleux qui ont proliféré en 2025 ».
Ce qui a changé ? Le coût de fabrication d’une arnaque crédible. Je m’explique.
Il y a encore quelques années, monter une fausse boutique convaincante demandait un graphiste, un développeur, un rédacteur et un photographe. Aujourd’hui, il suffit d’un abonnement à une IA et de quelques prompts.
Deux exemples récents le montrent bien :
- Les faux ateliers de bijoux. En décembre 2025, Que Choisir a enquêté sur des sites qui se présentaient comme des ateliers familiaux contraints de fermer, avec des remises allant jusqu’à 80 %. Les photos de la mère et de la fille dans leur atelier avaient, selon le magazine, « vraisemblablement été générées par intelligence artificielle ». Les clients, eux, recevaient des produits de piètre qualité venus de Chine.
- Les fleurs qui n’existent pas. Le média américain 404 Media a documenté des annonces de graines censées donner des fleurs spectaculaires… inventées de toutes pièces par une IA. L’une de ces annonces a été vendue plus de 37 000 fois avant d’être retirée.
En clair, l’arnaque IA n’est pas un scénario de science-fiction. Elle est déjà là, et elle se perfectionne chaque mois. C’est ce qui m’a donné envie de vérifier par moi-même jusqu’où l’on pouvait aller.
Mon expérience : créer une arnaque IA de A à Z
Le principe est simple : fabriquer un produit miracle qui n’existe pas, puis tout ce qu’il faut pour vous donner envie de l’acheter. Le tout dans un cadre strictement pédagogique, j’y reviens juste après.
1. Un produit miracle inventé par ChatGPT
J’ai décrit mon idée à ChatGPT en une seule demande : un bandeau à poser sur la tête, qui « recharge votre énergie comme votre téléphone ».
L’IA m’a livré la marque (ORÈVE), le produit (PAUSE 01), le slogan, le coffret et ses six éléments, un dossier de marque complet et une notice de 24 pages. Avec les voyants lumineux, les précautions d’emploi et la rubrique dépannage. Pour un objet qui n’a jamais été fabriqué.
2. Des photos plus vraies que nature
Deuxième demande : un dossier photo. Dix images, dont six vues du produit et quatre mises en scène avec des « clients » qui portent le bandeau au salon, au bureau ou en terrasse.
Aucun studio, aucun photographe, aucun mannequin. Et honnêtement, en les découvrant, je me suis dit qu’on pouvait vraiment se faire avoir.
3. Un fondateur, une équipe et une belle histoire
Une marque inspire confiance quand on voit qui est derrière. J’ai donc créé Adrien Valmont, fondateur inspiré, et ses cinq collaborateurs : product manager, recherche sur les matériaux, ergonomie, prototypage électronique, qualité.
Six portraits, six biographies, une photo de groupe et le récit de la naissance de l’idée. Temps passé : une dizaine de minutes.
4. Une boutique en ligne construite par Claude
J’ai ensuite confié tous ces éléments à Claude, avec un seul prompt : créer la boutique la plus rassurante possible.
Le résultat m’a bluffé. Fiche produit, page « Qui sommes-nous », FAQ, livraison offerte, retour sous 30 jours, mentions légales, et même un simulateur qui permet de « tester » l’écran du bandeau. Je n’avais rien demandé de tout cela dans le détail.
Si le sujet vous intéresse, j’explique dans cet article ce qu’est un agent IA et pourquoi ces outils savent désormais enchaîner seuls des dizaines de tâches.
5. Une publicité et de faux clients en vidéo
Pendant que Claude travaillait, j’ai demandé à Gemini un spot publicitaire, puis des témoignages vidéo : un sportif après sa séance, un homme de plus de 50 ans qui retrouve « une vraie seconde jeunesse ».
Les plus aguerris d’entre vous verront que c’est de l’IA. Quand on ne connaît pas le sujet, on a l’impression de regarder une vraie personne. Et je n’ai rien retouché : un prompt, une vidéo.
6. La touche finale : labels, étude scientifique et avis clients
C’est là que l’expérience devient vraiment dérangeante. J’ai ajouté :
- trois labels de qualité, délivrés par un cabinet de certification que j’ai inventé en même temps, site web compris ;
- une étude « scientifique » de 20 pages, signée par un comité international imaginaire, sur 180 participants qui n’existent pas ;
- une note de 4,9 sur 5 pour 3 247 avis, sur une plateforme baptisée « Truspilot » (il manque un « t », c’est volontaire).
Le plus beau ? L’étude ne démontre rien. La boutique met en avant « −0,98 point de fatigue »… alors que l’écart avec un simple bandeau témoin est de 0,09 point. Autrement dit, nul. Mais qui lit un rapport de 20 pages avant d’acheter ?
7. Et même la prospection commerciale
Il me restait à trouver des clients. ChatGPT m’a préparé des publicités pour Instagram, Facebook et LinkedIn, une liste de 25 revendeurs potentiels et un e-mail personnalisé pour chacun d’eux.
Au bout du compte, j’avais entre les mains tout ce qu’il faut pour lancer une escroquerie. Sans aucune compétence en design, en développement ou en science.
Bien entendu, tout ceci est une expérience de sensibilisation. Rien n’est vendu. Sur le site, chaque bouton « Commander » mène à une page qui annonce la couleur : « Vous vous êtes fait avoir ». Aucun paiement n’est possible et aucune donnée bancaire n’est demandée.
💡 Faites le test autour de vous : le faux site est en ligne ici. Envoyez-le à un proche sans rien dire, et regardez s’il clique.
Maintenant que vous savez comment cette arnaque IA a été fabriquée, voyons pourquoi elle fonctionne.
Les 7 mécanismes qui vous font baisser la garde
Pris un par un, ces éléments sont anodins. Ensemble, ils créent une impression de sérieux, sans jamais rien démontrer.
1. L’esthétique soignée
Une palette de couleurs cohérente, de grandes photos, beaucoup d’espace. La boutique ressemble à celle d’une marque installée.
✅ Le réflexe : séparez ce qui vous plaît de ce qui est prouvé. Si la page était mal mise en forme, quels faits resteraient ?
2. Le récit du fondateur
Un soir de novembre, un téléphone à 8 % de batterie, une idée notée dans un carnet. L’histoire est datée, précise, touchante. Elle a été écrite par une IA.
✅ Le réflexe : cherchez le fondateur ailleurs que sur son site. Un vrai dirigeant figure dans la fiche officielle de sa société.
3. Les visages et les titres
Six portraits, six fonctions. Plusieurs « spécialistes » semblent se confirmer les uns les autres, alors qu’ils sortent tous de la même fiction.
✅ Le réflexe : un titre n’est pas une preuve. Vérifiez qu’une personne existe en dehors du site qui la présente.
4. La précision des chiffres
86 × 35 × 13 mm. 68 %. 4,9 sur 5. Un chiffre précis donne l’impression d’une mesure. Sur mon bandeau, le pourcentage affiché n’est qu’un compte à rebours.
✅ Le réflexe : demandez ce qui est mesuré, par qui et avec quelle méthode.
5. Le vocabulaire emprunté
« Rechargez votre énergie », « en pleine charge ». Ces mots suggèrent un effet sur le corps sans jamais l’affirmer.
✅ Le réflexe : remplacez le mot séduisant par ce qu’il désigne vraiment. La promesse tient-elle encore ?
6. Le coffret et la notice
Un inventaire précis et un mode d’emploi détaillé donnent l’impression d’un produit abouti.
✅ Le réflexe : demandez qui a testé l’objet, pas qui l’a décrit.
7. La réassurance
« Livraison offerte », « retour possible sous 30 jours ». Deux lignes placées sous le bouton d’achat, pile au moment où l’on hésite.
✅ Le réflexe : une promesse de retour ne vaut que si le vendeur est identifiable.
Là aussi, la loi est claire. Diffuser de faux avis, afficher un label sans y être autorisé ou prétendre qu’un produit a été approuvé par un organisme sont des pratiques commerciales trompeuses, listées à l’article L121-4 du Code de la consommation. Cela n’arrête pas les escrocs, mais cela vous donne des recours.
Les indices qui trahissent une arnaque IA
Bonne nouvelle : une arnaque IA laisse des traces. Sur mon propre site, voici ce qu’un œil attentif pouvait repérer.
- Les mêmes valeurs partout. L’écran du bandeau affiche 68 % et 03:12 sur toutes les photos, quelle que soit la personne qui le porte.
- Des fautes impossibles. Sur une photo du coffret, on lit « PÉDAGGGIQUE », avec trois G. Personne ne l’a tapée : la faute est née avec l’image.
- Des détails qui changent. Une collaboratrice n’a ni le même col ni les mêmes lunettes sur son portrait et sur la photo de groupe.
- Des poses qui se répètent. Deux « clients » différents, la même main sous le menton, la tête inclinée du même côté.
- Une adresse web inhabituelle. Un site hébergé sur une adresse technique, ou dont le nom de domaine a quelques semaines, mérite plus de méfiance qu’une marque installée.
Soyons lucides : ces indices seront de plus en plus rares à mesure que les IA progressent. C’est pourquoi la vraie protection ne consiste pas à scruter les images. Elle consiste à vérifier le vendeur.
Passons à la pratique.
Comment vérifier un vendeur en 5 minutes
Voici les 6 vérifications que je vous recommande avant tout achat sur un site que vous ne connaissez pas.
- Ouvrez les mentions légales. Nom de la société, adresse du siège, numéro SIREN, contact : ces informations sont obligatoires sur un site professionnel. Leur absence, ou leur flou, est un signal d’alerte.
- Recoupez dans l’Annuaire des Entreprises. Copiez le nom ou le numéro SIREN dans ce service gratuit de l’État et vérifiez que l’adresse, l’activité et le dirigeant correspondent à ce que la boutique affiche.
- Cherchez ce que d’autres en disent. Tapez le nom du site suivi du mot « arnaque ». Et ne vous fiez pas aux avis affichés par la boutique elle-même.
- Regardez l’adresse du site. Une boutique « réputée » dont le nom de domaine a quelques semaines doit vous alerter.
- Lisez les conditions de vente. Prix TTC, délais de livraison, garanties. Pour un achat à distance, vous disposez en principe d’un délai de rétractation d’au moins 14 jours.
- Repérez ce qui presse et ce qui brille. Un compte à rebours, un stock « presque épuisé », un label invérifiable : cherchez toujours la source de l’affirmation.
Et là, rien de plus simple : si l’une de ces vérifications échoue, n’achetez pas.
💡 Pour aller plus loin sur les bons usages, j’ai rédigé un guide complet pour travailler avec l’IA en 2026.
3 idées reçues à oublier sur les arnaques en ligne
« Il y a un cadenas, donc le site est fiable »
Le cadenas et le « https » protègent votre paiement pendant son trajet. Ils ne disent rien du sérieux du vendeur. Mon faux site les affiche, comme n’importe quel site.
« Il y a des avis et une étude, donc c’est sérieux »
Le « 4,9 sur 5 pour 3 247 avis » de ma boutique ? Un chiffre inventé, affiché en une demande. L’étude scientifique ? Un prompt. Un avis ne vaut que s’il est publié sur une plateforme indépendante, que vous avez ouverte vous-même.
« Je connais l’IA, je ne me ferai pas avoir »
Moi le premier, j’ai été bluffé par mon propre site 😅 Et surtout, pensez à votre entourage. Vos parents, vos collègues ou vos clients ne passent pas leurs journées à tester des IA. Ce sont eux les premières cibles.
Ce qui m’amène au dernier point, celui que l’on espère ne jamais avoir à lire.
Que faire si vous avez été victime d’une arnaque
Si une boutique frauduleuse vous a trompé, vous n’y êtes pour rien : ces sites sont conçus pour cela. Voici les démarches à engager.
- Faites opposition auprès de votre banque si votre carte a servi à des paiements que vous n’avez pas faits, puis demandez leur remboursement.
- Signalez la fraude sur Perceval, le service en ligne dédié aux fraudes à la carte bancaire (accessible depuis service-public.gouv.fr).
- Portez plainte en ligne via THESEE si vous avez commandé sur un faux site de vente.
- Signalez le vendeur sur SignalConso : la répression des fraudes peut intervenir.
- Appelez Info Escroqueries au 0 805 805 817 (numéro vert) pour être écouté et orienté.
- Utilisez 17Cyber pour identifier l’arnaque subie et recevoir des conseils adaptés.
Conclusion : 5 minutes pour éviter une arnaque IA
Pour faire simple, cette expérience m’a appris une chose : tout ce qui inspire confiance sur un site peut désormais être fabriqué. Les photos, l’équipe, les avis, les labels, l’étude scientifique.
Avant votre prochain achat sur un site inconnu, vous devrez donc vérifier le vendeur ailleurs que sur sa propre page. Cinq minutes suffisent.
Et dès aujourd’hui, je vous encourage à faire deux choses :
- Regardez la vidéo complète de l’expérience pour voir chaque étape à l’écran : [LIEN YOUTUBE]
- Envoyez le faux site à une personne de votre entourage qui pourrait se faire avoir. C’est le meilleur moyen de la sensibiliser sans lui faire la leçon.
Vous voulez apprendre à utiliser l’IA du bon côté de la barrière, et en toute sécurité ? Rejoignez ma communauté Le QG de l’IA ou piochez dans mes ressources IA.
PS : l’écran du bandeau affiche « DÉMO » sur toutes les photos du site. Si vous l’aviez remarqué avant de lire cet article, vous êtes plus observateur que moi 😉
Fondateur de l’agence SLN Web, je vous aide à générer des leads et à les convertir en clients. J’ai créé mon 1er blog en 2000 avec une Dreamcast et un modem Wanadoo 56K. Depuis, je vous donne toutes mes astuces pour bien communiquer sur Internet 🙂 __ Découvrez mon premier livre « La Route du Bonheur Semblant« !