L’IA va-t-elle créer une épidémie de dépression ? (Très probable…)
J’utilise ChatGPT et l’intelligence artificielle au quotidien depuis 3 ans, parfois 7 à 10 heures par jour. Et je viens d’identifier un problème que je n’avais pas vu venir… un problème “soft” au début, mais qui peut grignoter la motivation, la confiance et, à terme, le moral.
Dans une vidéo précédente, je vous parlais de « comment ChatGPT vous bousille le cerveau ». Ici, je vais plus loin : je pense que l’IA peut contribuer à une société plus morose, et chez certains profils (notamment les utilisateurs intensifs), augmenter le risque de décrochage émotionnel, d’épuisement… et potentiellement d’épisodes dépressifs.
Objectif de cet article : vous donner une grille de lecture simple, basée sur mon retour d’expérience, et surtout un plan d’action concret pour profiter de l’IA sans perdre le contrôle.
Vous préférez la version vidéo de cette chronique sur les impacts de l’IA sur la santé mentale ? Voici :
Sommaire
- Pourquoi l’IA peut plomber votre motivation (les 3 piliers)
- Le déclic : quand votre “compétence” se résume à parler à une IA
- Le syndrome ChatGPT : moins d’effort, moins de patience, moins d’attention
- L’effet IKEA qui disparaît (et ce que ça fait à votre confiance)
- Dopamine vs satisfaction : le piège de la récompense instantanée
- Le piège invisible au travail : déléguer le facile… pour ne garder que le dur
- Le risque relationnel : l’IA qui remplace le lien humain
- Le protocole anti-morosité : 12 règles simples pour garder le contrôle
- Checklist : êtes-vous en train de tomber dans le panneau ?
- Conclusion
Pourquoi l’IA flingue la motivation (sans que vous vous en rendiez compte)
Quand on parle de motivation, on revient très souvent à trois composants :
- L’autonomie : avoir le sentiment d’être aux commandes.
- La compétence : se sentir capable, progresser, maîtriser.
- Le lien : se sentir connecté aux autres.
Mon souci, c’est que l’IA peut impacter négativement les trois en même temps.
1) La compétence : « Je ne suis plus bon… c’est l’IA qui est forte »
Au début, c’est grisant :
- vous produisez plus vite ;
- vous produisez mieux ;
- vous vous sentez “augmenté”.
Puis, sans vous en rendre compte, un glissement se fait : vous déléguez les tâches… puis des morceaux de tâches… puis des décisions.
Et un jour, vous vous surprenez à penser :
- « Je ne suis pas compétent pour faire une vidéo… je suis compétent pour demander à l’IA de faire une vidéo. »
- « Je ne sais plus faire un support de conf… je sais “prompt-er”. »
Je force le trait, évidemment. Mais si vous êtes un gros utilisateur, vous voyez le piège : votre compétence ressentie se déplace. Et quand la compétence ressentie baisse, la motivation suit.
2) L’autonomie : « Quand ça marche, ce n’est pas moi. Quand ça rate, c’est l’injustice. »
Plus vous déléguez, plus vous perdez la main.
Exemples concrets :
- l’IA fait votre miniature ;
- l’IA propose votre titre ;
- l’IA “aide” sur la trame.
Résultat :
- si ça marche, vous avez du mal à vous attribuer le succès ;
- si ça ne marche pas, vous avez du mal à vous dire « je peux corriger ».
Vous passez d’un état “je pilote” à “je subis”. Et pour le moral, c’est rarement bon.
3) Le lien : « Je ne parle plus à des humains, je parle à une IA »
C’est le point le plus important.
Aujourd’hui, au lieu d’appeler un ami, au lieu de parler à un collègue, au lieu d’échanger avec votre réseau… votre réflexe peut devenir :
- ouvrir ChatGPT (ou un autre outil) ;
- poser la question ;
- brainstormer ;
- obtenir une solution.
C’est efficace. Mais il manque une chose : la relation humaine.
Or, ce lien-là est un carburant essentiel pour la santé mentale. Il apporte du soutien, de l’émotion, de la reconnaissance, du partage. Et j’ai l’impression qu’on revit ce qu’on a vécu avec les réseaux sociaux… mais en version plus intime et plus présente.
Le déclic : le soir où j’ai demandé à l’IA de choisir Netflix à ma place
Une scène toute bête, mais révélatrice.
Je suis devant la télé, je ne sais pas quoi regarder. Et je fais quoi ? Je demande à l’IA :
« Tout ce que vous savez sur moi, vous le remettez sur la table, et vous me proposez 50 films et 50 séries. »
Et ça marche.
Mais je me suis dit : avant, on faisait ça entre humains. On demandait une reco à un ami. Et quand l’ami revenait en disant « j’ai adoré ce que vous m’avez conseillé », vous aviez ce petit plaisir : j’ai apporté quelque chose à quelqu’un.
Si demain l’IA recommande tout, vous risquez de perdre :
- la recommandation entre proches ;
- le feedback ;
- et ces micro-sources de plaisir et de lien.
Ça paraît anodin. Mais additionnez ces petites pertes au quotidien, sur des mois.
Le syndrome ChatGPT : quand l’effort devient insupportable
Depuis quelque temps, je sens :
- moins de patience ;
- moins d’attention ;
- moins d’envie de fournir un effort long.
Pourquoi ? Parce que l’IA vous “shoot” à la facilité.
Le syndrome de la feuille blanche est désagréable. Et dès que quelque chose est désagréable, on veut l’éteindre. Avec l’IA, c’est simple :
- difficulté → question → réponse → soulagement.
Le problème, c’est que vous entraînez votre cerveau à éviter la friction. Or, une friction raisonnable, c’est justement l’endroit où :
- vous progressez ;
- vous construisez de la confiance ;
- vous ressentez de la fierté.
Si vous supprimez la friction partout, vous supprimez aussi une partie de la satisfaction.
L’effet IKEA qui disparaît : moins d’investissement, moins de valeur
En psychologie, il existe un biais connu : plus vous vous investissez dans un projet, plus vous lui accordez de valeur.
Vous passez 10 heures sur un dessin : il a une valeur énorme à vos yeux. Vous passez 5 minutes : beaucoup moins.
Avec l’IA, si une partie de vos réalisations est “faite” par un outil (même si vous avez supervisé), vous pouvez ressentir :
- moins de fierté ;
- moins d’attachement ;
- moins de satisfaction.
Et c’est un poison lent, parce que votre vie est faite de réalisations. Si vos réalisations vous “font moins quelque chose”, le moral finit par suivre.
Dopamine vs satisfaction : le piège de la récompense instantanée
Je simplifie volontairement :
- l’IA vous donne un “waouh” rapide ;
- ce “waouh” ressemble à une micro-récompense ;
- plus vous la prenez, plus vous vous y habituez.
Ce qui était exceptionnel devient normal. Et quand c’est normal, vous cherchez une dose plus forte : plus vite, plus mieux, plus souvent.
Pendant ce temps, la satisfaction longue (celle qui vient de l’effort, du temps, du “je l’ai fait”) peut baisser. Et là, je vois un risque : une société avec des micro-récompenses constantes, mais moins de satisfaction profonde.
Le piège invisible au travail : déléguer le facile… pour ne garder que le dur
La promesse de l’IA est logique :
- on délègue les tâches simples ;
- on garde du temps pour des tâches à forte valeur ;
- on augmente la productivité.
Sauf qu’il y a un angle mort : les tâches simples sont parfois des pauses cognitives.
Le vendredi après-midi, quand vous êtes rincé, vous vous mettez sur des tâches mécaniques :
- traiter des emails ;
- faire de l’administratif ;
- ranger ;
- mettre à jour des documents ;
- faire des petites optimisations.
Ce n’est pas passionnant, mais ça vous permet de ne pas être en surcharge tout le temps.
Si demain l’IA absorbe tout le “facile” :
- vous ne travaillez plus que sur du “dur” ;
- vous tirez sur la corde en continu ;
- vous augmentez le risque d’épuisement.
Même si vous travaillez le même nombre d’heures, la densité cognitive explose.
Le risque relationnel : l’IA qui remplace le lien humain
Je vais le dire clairement : on peut s’attacher à une IA.
Parce que :
- elle est toujours disponible ;
- elle répond vite ;
- elle vous “comprend” (en apparence) ;
- elle vous rassure ;
- elle ne vous juge pas.
Et plus vous discutez, plus vous oubliez que c’est une interface.
Demain, si l’IA est intégrée partout (voix, objets connectés, maison…), le risque de substitution du lien humain peut augmenter. Je ne dis pas que tout le monde va tomber amoureux d’une IA. Je dis simplement que le terrain psychologique peut être glissant.
Le protocole anti-morosité : 12 règles simples pour profiter de l’IA sans perdre le contrôle
Voici ce que je mets (et ce que je vais mettre) en place. Prenez ce qui vous parle.
Règle 1 – L’IA est copilote, pas pilote
Vous décidez. L’IA propose. Vous tranchez. Si vous laissez l’IA décider du titre, de la miniature, de l’angle et du plan, vous perdez l’autonomie.
Règle 2 – Gardez une “zone sans IA” tous les jours
Même 30 minutes. Une zone où vous réfléchissez sans filet.
Règle 3 – Conservez une compétence “à vous” (non déléguable)
Choisissez un truc que vous faites à la main, et que vous ne déléguez pas. Par exemple : le storytelling final, la structure de vos idées, votre prise de parole, votre analyse, ou 15 minutes d’écriture brute.
Règle 4 – Adoptez le réflexe “humain d’abord”
Avant de demander à l’IA, demandez-vous : « Est-ce que je peux appeler quelqu’un ? Est-ce que je peux en parler à quelqu’un ? »
Règle 5 – Ne laissez pas l’IA remplacer le partage
Recommandations de séries, d’adresses, d’idées cadeaux : gardez-en une partie pour les humains.
Règle 6 – Créez un rituel “effort long” chaque semaine
Un bloc de travail où vous faites un truc un peu dur. Pas pour la productivité. Pour l’estime de soi.
Règle 7 – Faites du concret (avec vos mains)
Cuisine, sport, bricolage, musique, dessin… un truc où vous voyez « j’ai fait ».
Règle 8 – Mesurez votre densité cognitive
Si vous automatisez tout le facile, votre semaine devient une suite de tâches complexes. Réintroduisez volontairement des tâches simples.
Règle 9 – Limitez l’IA en “dopamine machine”
Si vous utilisez l’IA juste pour produire des mini-victoires rapides, vous vous mettez dans une boucle. Réservez l’IA à l’assistance, la structuration et l’augmentation, pas à la substitution totale.
Règle 10 – Faites une “diète” ponctuelle
Une demi-journée par semaine, ou un week-end par mois : utilisation minimale.
Règle 11 – Suivez votre humeur comme une métrique
Vous trackez vos stats YouTube. Trackez aussi votre énergie. Notez sur 10 : motivation, fatigue, irritabilité, envie.
Règle 12 – Si ça dérape, faites-vous aider
Si vous sentez une baisse durable du moral, une perte d’envie ou une fatigue qui s’installe, parlez-en. Un médecin, un psychologue, un proche. Vous ne gagnez rien à “tenir” en silence.
Checklist : êtes-vous en train de tomber dans le panneau ?
Si vous cochez 4 cases ou plus, vous avez un signal :
- Je demande à l’IA avant de réfléchir 2 minutes.
- Je me sens moins fier de mes réalisations.
- Je me sens moins motivé qu’avant (sans raison claire).
- J’ai l’impression de perdre des compétences.
- Je discute moins avec des proches pour résoudre mes problèmes.
- Je délègue des décisions importantes (pas juste des tâches).
- Je supporte de moins en moins la difficulté.
- Mes journées sont “pleines” mais je ne me sens pas satisfait.
Conclusion
Je le répète : je ne suis pas en train de dire « l’IA c’est mal ». Je dis : l’IA est tellement utile qu’elle peut devenir dangereuse si vous la laissez prendre votre place.
Si cette réflexion vous parle, dites-moi en commentaire :
- Comment utilisez-vous l’IA aujourd’hui ?
- Est-ce que vous sentez une baisse de motivation, de lien, de satisfaction ?
- Quelles règles pourriez-vous mettre en place dès cette semaine ?
À lire/voir ensuite : si vous voulez, je peux faire une suite avec des routines concrètes et une vraie “hygiène IA” (cadre d’usage, prompts, habitudes, checklists) pour profiter de tout ça sans vous cramer.
Note importante : cet article partage un retour d’expérience et des pistes générales. Il ne remplace pas un avis médical. Si vous vous sentez en détresse, rapprochez-vous d’un professionnel de santé.
« `
Fondateur de l’agence SLN Web, je vous aide à générer des leads et à les convertir en clients. J’ai créé mon 1er blog en 2000 avec une Dreamcast et un modem Wanadoo 56K. Depuis, je vous donne toutes mes astuces pour bien communiquer sur Internet 🙂 __ Découvrez mon premier livre « La Route du Bonheur Semblant« !
Leave a Comment